Le Pays de Carole

Jacques-Etienne Bovard

Carole est sur le point de passer son ultime examen de spécialiste en gynécologie. Il va de soi qu’elle ouvrira ensuite un cabinet en province. Elle fera deux ou trois enfants, le gentil Paul s’en occupera, et assumera les travaux du "ménage". On habitera dans la ferme des parents, au bon air de la campagne. Ainsi tout sera bien. Merveilleuse convergence des intérêts de tout le monde. Le nouveau couple exemplaire.

C’est le plan, établi depuis des années, approuvé par tout le monde.

Mais Carole ne veut plus de tout ça.

Elle part.

Reviendra-t-elle? Est-ce qu’il la reprendra?

Éternelle histoire de l’homme qui voit son existence le fuir, par cassures subites, ou imperceptiblement, comme le sable entre les doigts : sa femme, sa famille, ses amis, ses projets, sa raison d’être.

Et pourtant Paul Ch., photographe, 34 ans, prétend refuser toute rupture. À l’ère du vite pris vite jeté, du "lâcher prise", il s’entête, s’enracine, s’acharne, à l’image des paysans du coin accrochés à leurs terres sans avenir.

Reviendra-t-elle? La reprendra-t-il?

En attendant, Paul fait des centaines de photos contre la mort du pays de Carole, écrit des milliers de lignes dans son journal intime, pour transformer la solitude en royaume, et retenir, rassembler tout ce qui semble se disperser en lui-même.

Ainsi ce roman de la dépossession et de la révolte, noué de tendresse et de violence amoureuses, devient-il, malgré la marche inexorable du temps, celui d’une vaste réconciliation, dans la coexistence de l’épars et de l’indéfectible.

Entretien avec Jacques-Étienne Bovard

par Jean-Louis Kuffer

Publié le 30/01/2003

Quel et le sentiment, ou la situation, le déclencheur en un mot du Pays de Carole?

Rien de plus banal: l'amour contre l'effritement, contre le temps, contre la mort. La résistance des êtres et des choses à l'usure, sous quelque forme qu'elle soit. En ces temps de bradage planétaire, où les valeurs humaines sont de toute évidence plus massivement méprisées que jamais, j'ai eu envie, besoin plutôt, d'élever un petit autel à mes Lares chéris: ce qui dure, s'enracine, se ramifie, reverdit, s'élargit, surgeonne, s'éternise…

À partir de l'élément initial, comment le roman a-t-il "poussé"? Et plus généralement, comment travaillez-vous? Avez-vous une idée claire de ce qui doit advenir? Travaillez-vous sur plan? Le thème du thème est-il important. Et quel est d'ailleurs, à vos yeux, le thème dominant du Pays de Carole?

Le roman en cours agit chez moi comme une sorte de longue fièvre, légère quoique agitée de sursauts. Avec son lot de délires, de triomphes qui n'en sont pas, de longs marécages douteux, d'hébétudes mystérieusement salutaires. Le fait est que je finis toujours par en sortir. Vient le moment où tout s'éclaire, où j'ai pris le dessus, où j'y crois tout à fait. Là le livre prend le galop.
Je fais des plans plus ou moins précis, et qui deviennent d'autant moins utiles que leur multiplication les rend tous caducs. Finalement, c'est l'histoire elle-même, les personnages et leur nécessité interne qui amènent la fin. Comme chez moi ils ne meurent pas souvent, la fin prend volontiers la forme d'une ouverture sur autre chose, que le lecteur peut concevoir à sa guise.
Le thème fondamental de "Carole", c'est la résistance, je le répète, face à la mort de ce qu'on aime. Mais il n'y a aucun projet délibéré de faire un roman sur ce thème-là. C'est mon effroi face à la mort et à toute perdition qui s'exprime, c'est ma colère, mes doutes, et aussi mes certitudes, mon amour, ma foi en quelques figures ou quelques valeurs qui constituent à la fin ce que les critiques appellent thème de ceci ou cela.

Pourquoi le choix du genre journal intime? Et quelle difficulté particulière cela a-t-il présenté au cas où?

Je n'y ai pas beaucoup réfléchi au préalable. Cette forme a dû s'imposer parce que je sentais qu'il me fallait ce point de vue complètement resserré sur le narrateur. Qu'il fallait cette instantanéité, si je puis dire, pour verser les émotions ou pensées de mon personnage directement dans le texte. Rien ne s'y prêtait mieux que le journal. D'autre part, il fallait que mon personnage fût par métier attentif aux images qui l'entouraient, pour sillonner le pays que j'avais envie de représenter. Photographe, donc, et là de nouveau vous voyez que la forme du journal correspondait idéalement au principe même de la photographie, qui arrête le temps sur une émotion détachée, apparemment du moins, de ce qui la suit ou la précède. Paul écrit d'abord comme il photographie, puis photographie de plus en plus comme il écrit, tant il est vrai que les parallèles entre ces deux modes d'expression sont nombreux, subtils, très féconds. Sans aller chercher très loin regardez Roud, par exemple, ou Bouvier. Tout en écrivant Le Pays de Carole, j'ai adoré relire L'Usage du Monde, avec les photos de L'Œil du Voyageur, ou Requiem, avec les photos du Haut-Jorat…
La difficulté, comme avec tout discours direct, résidait dans l'éternelle question de la véracité. Pas facile de donner l'illusion que Paul écrit sous le coup de multiples émotions, avec ses maladresses, ses dérapages, ses excès, ses incohérences, etc., et en même temps de faire tenir le livre sur une ligne intelligible, sans trop de digressions inutiles, ce d'autant plus que je tenais à ne pas faire tourner Paul autour de son seul nombril, mais de susciter à travers lui tout un arrière-pays de souvenirs et de personnages… N'empêche, rien de plus fascinant que cette forme d'écriture. J'y reviendrai.

Comment les personnages vous apparaissent-ils?

Ils filtrent en moi par cent fissures minuscules, souvenirs très lointains parfois, superpositions multiples avec retouches de l'imagination, rencontres subites, lentes transformations… Ils me hantent et je les habite, longtemps encore après en avoir fini avec eux, si j'ose dire, d'ailleurs en ai-je jamais fini avec un personnage? Ce qui me frappe le plus, de livre en livre, c'est comment des figures littéralement oubliées depuis la petite enfance, où elles étaient déjà lointaines, quasi sans importance, peuvent ressurgir exactement au moment opportun, et se livrer avec une netteté fascinante au modelage de l'écriture. Aussi bien des êtres de chair que des personnages de romans, dont je ne me rappelais même plus que je les avais lus, et qui reviennent exactement comme je me les étais représentés. C'est là-dedans, dans cet insondable galerie de portraits que je pêche, ou plutôt que je suis pêché.

Le problème de l'identité de l'écrivain romand vous interpelle-t-il? Et comment l'abordez vous si ou même sinon?

Cette espèce de serpent de mer m'intéresse de moins en moins. Je vis très bien ici, j'ai un excellent éditeur, beaucoup d'amis, mes livres sont reçus au moins aussi bien qu'ils le méritent, et Dieu merci je n'ai pas, mais alors pas du tout le ver rongeur de Paris. J'écris dans un français que je respecte infiniment, sans craindre de le parsemer d'helvétismes voire de vaudoisismes pure souche, parce que c'est aussi cela, le français, et surtout que tel est notre plaisir. Je prends mes sujets ici, parce qu'ici est aussi romanesque qu'ailleurs, et que je ne voyage pas. Je vois bien que la tendance est plutôt, parmi les écrivains d'ici, à faire oublier le plus possible qu'ils sont d'ici, et que je suis en fait assez isolé de ce qu'on pourrait appeler "le milieu". Mais quelle importance? L'essentiel est de faire les livres qu'on doit faire, et comment on doit les faire.

Il semble y avoir, dans la réception de ce nouveau livre, un écart net entre la faveur du public et la moue de certains critiques. Comment vous l'expliquez-vous?

En effet, une distance s'établit, de plus en plus grande, entre une partie de la critique, qui trouve mes livres mauvais, et un public assez large qui me témoigne une amitié, une fidélité même dont je suis comblé. Commençons donc par dire que je suis un écrivain heureux. Près de cinq mille exemplaires du Pays de Carole vendus en à peine deux mois, franchement, qui ne le serait pas? Mais il faut croire que ce succès de librairie agace, évidemment, et incite peut-être certains à manifester la supériorité de leur goût sur le vulgum pecus qui se repaît de ce qu'ils tiennent pour une sous-littérature dérisoirement locale. Bon, mais ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi ces gens s'infligent encore l'ennui de me lire, de pondre un article, au lieu d'utiliser cette précieuse place pour signaler un talent qui en vaut la peine. Ce que je comprends encore moins, de la part de gens si experts, c'est qu'ils puissent me reprocher des choses aussi vasouillardes que celles que j'ai lues ou entendues dernièrement, alors qu'on pouvait certainement adresser à ce livre des critiques plus précises, plus intelligentes, plus intéressantes en un mot, entre autres sur la question de la véracité dont nous parlions tout à l'heure, et sur laquelle je n'ai pas que des certitudes…

Un critique a parlé, à propos de ce livre, de "retour à la terre". Qu'en pensez-vous?

C'est là peut-être qu'on perçoit le mieux l'origine de cette distance dédaigneuse, voire malveillante à mon égard, et à l'égard de mon public. On me reproche, au fond, de ne pas renier mes origines, pire, de m'épanouir dans un territoire – horreur, un terroir! – où je crois qu'eux-mêmes se sentent à l'étroit.

Un critique vous reproche de fonder vos livres sur des stéréotypes. Un autre que vous êtes "le romancier de la haine du corps, de la souffrance, de l'autoflagellation des êtres"…

Qu'il est fascinant de voir à quel point on peut être, au même instant, avec les mêmes mots, parfaitement compris ou incompris, reçu ou rejeté, inconsistant pour les uns, étrangement important pour d'autres, que ces mots ont rencontrés… Chose qui ne m'était jamais arrivée, je reçois au moins une lettre par jour depuis la parution du Pays de Carole. Pas une ne se ressemble. Pas une pourtant qui ne dise, d'une façon ou d'une autre, que cette histoire a rejoint une autre histoire bien vivace, une autre existence bien réelle, souvent douloureuse, toujours riche, et pas une qui ne me remercie, en des termes divers, d'avoir précisément dépassé le stéréotype de la faute, du corps coupable, de la macération calviniste, etc., d'avoir dit par exemple que Carole n'a jamais été si belle qu'atteinte, qu'éprouvée déjà, par les choses et par l'âge, que Carole désormais sera aimée au-dessus des choses et du temps. Alors quoi, l'autoflagellation? Alors qui, les stéréotypes? Je ne suis de loin pas sourd aux remarques même sévères qu'on peut me faire, aux judicieux conseils qu'on veut bien me donner, mais ce sera tout de même et toujours dans la réponse de ce lecteur la plupart du temps sans visage, sans nom, sans parti pris, sans prétention, parfois sans orthographe, bref, dans le vrai terreau qui fait vivre le livre, que je trouverai d'abord le sens de ce que j'ai à faire.

L'élément satirique, présent dans la plupart de vos livres antérieurs, est absent dans Le Pays de Carole? Est-ce du fait de son atmosphère particulière ou de votre évolution personnelle?

Des deux probablement, mais il est vraisemblable que le vice satirique me reprendra…

Qu'est-ce pour vous qu'un roman?

J'aime beaucoup la définition de Pío Baroja: "la novela es un saco donde todo cade", le roman est un sac dans lequel tout tient. Toutefois, je dis bien en ce qui me concerne, je ne le conçois pas sans histoire à peu près cohérente, sans personnages, sans contexte, sans durée, sans vision du monde, ni surtout sans cette distance de la fiction sans laquelle je ne voudrais, ni ne pourrais écrire. Raconter ma vie "réelle", pour autant que ce fût possible, me paraîtrait complètement absurde puisque je la vis. Pas par hasard, j'y pense, que je suis incapable de tenir un journal intime, alors que j'en ai bizarrement toujours eu envie. En fait je me tombe des mains moi-même en essayant de m'écrire sous cette forme. Alors que le roman, et avant que j'écrive des romans les histoires que je me racontais enfant, m'accueillent à bras ouverts. Je me suis souvent demandé s'il n'y avait pas là une forme de fuite, de facilité en tout cas. Plus j'avance, plus je suis convaincu du contraire. Il me semble que je ne me connais jamais mieux moi-même que quand je me recrée et me récrée dans l'imaginaire, ce merveilleux sac extensible à l'infini, où tous mes "moi" respirent au large.

Propos recueillis par Jean-Louis Kuffer

Revue de presse (sélection)

Jacques-Étienne Bovard
Ce pays qui n'est pas le sien

Interrogé lors de la parution des Beaux sentiments en 1998 sur la progression de son écriture dans le chantier d'un roman, Jacques-Étienne Bovard confiait atteindre les dernières lignes d'un manuscrit sans vraiment connaître son dénouement, qui s'imposerait ainsi à lui plus qu'il ne l'imposerait à sa fiction. Quatre ans après, gageons que le quadragénaire laisse toujours la fin venir à lui, tant celle de son nouveau récit semble organiquement liée à toutes les phrases qui la précèdent et l'ont sculptée. Elle est à la fois achèvement – Paul referme son cahier intime et détourne son objectif d'un pays qui n'est pas le sien – et ouverture – du photographe à l'autre, et de son œil au monde que le manque d'espoir ou le trop plein d'orgueil peut ratatiner. Elle éclaire Le pays de Carole, incite à y retourner, à relever les pièges qui ont retardé Paul, mais qui n'ont retenu ni (tous) ses mots ni (tous) les déclics de son Leica. Une fin dont le point côtoie un "travailler" délesté de sa charge morale et helvétique, juste empli de ce mélange de confiance et de doute créateur gagnant Paul, qui attendrit progressivement les phrases du journal de sa grosse et plurielle crise de foi en l'avenir, ses certitudes l'ayant quitté avec sa femme. D'abord hésitantes, les phrases rescapées de sa paranoïa et de sa colère prennent de l'assurance, osent courir sur la page, franchir les marques de ponctuation sans trop s'y attarder et scruter le dehors. On retrouve là cette prose mimétique de l'état d'âme du narrateur, déjà présente dans Demi-sang Suisse (polar existentiel paru en 1994), que l'auteur manie avec doigté.
Paul a trente-quatre ans, il vit avec Carole. "Le parfait beau couple à la dérive", dit-il d'eux-mêmes; de lui: "un guelu sans envergure". Elle pratique la médecine au CHUV, il assume les tâches domestiques dans un village du Jorat. Ils habitent dans la ferme des parents de Carole qui appartiennent à une espèce en voie d'extinction: la petite paysannerie. En outre, n'en déplaise à sa famille l'accusant de "se royaumer", la photographie n'est pas son hobby, mais son, certes peu lucratif, métier.
Le manque de considération dont Paul souffre dans son travail ménager et artistique a d'emblée suscité mon indignation, qui a cependant vite modifié son cap puisque Paul goûte au quotidien d'une ribambelles de mes sœurs dont "on" qualifie la situation de normale. L'inégalité garantirait un traitement de faveur à l'homme jusque dans les difficultés. Cette inversion des rôles n'est pas la seule de ce livre qui tord et détord les stéréotypes. Enfant des bords du Léman, Paul tient le rôle du "péquenot" à Chapelle-le-Jorat. Au moment où Carole brillait sur les bancs de l'université, il les désertait et se dirigeait vers une école de photographie. D'ailleurs, sa façon de contempler et de respecter le terroir dérange sur des terres en pleine mutation, jadis nourricières et peu à peu reconverties en espaces verts d'agrément. Les vieux et les nostalgiques n'ont qu'à se résigner et à laisser la place aux jeunes loups. Par conséquent, John, le père de Carole, demande à son gendre d'immortaliser ses bêtes sur la pellicule avant de s'incliner devant un mouvement inéluctable. Ni John ni Paul n'acceptent de tourner la page (d'un amour, d'une tradition) les yeux fermés et ils résistent. À noter que si Paul refuse quelque chose, ce n'est pas tant la rupture que sa brutale urgence.
Jacques-Étienne Bovard tire paradoxalement des images entourées d'un halo de calme d'une langue pressante, parfois drue, parfois frêle qui crée la dynamique de ce roman où "attendre" est un verbe d'action. Sa quête d'écrivain se confond avec celle de son personnage: saisir un visage, un paysage sans le déranger ni forcer ses traits. L'un observe – jusqu'à la comprendre – Andrée, "le discret, silencieux veilleur des hommes qui cognent les murs, et pas seulement les murs..."; le second capture dans son boîtier les vaches de John, puis propose une série de portraits de l'aïeul, et une autre – ma préférée – de "survivants", soit des raves, pâtissons, bettes, oignons ... "tout cela laissé à l'hiver, déguenillé, tavelé, tuméfié sous les pluies et les givres". En somme, l'écriture sensitive et ancrée dans un bout de réalité contemporaine du Vaudois donne à voir, révèle des photographies qui retiennent, conservent les traces d'un pays, mais aussi d'un héros très humain – lumineux et cauteleux – luttant pour ne pas rester englué dans des schémas répétitifs et asphyxiants. (Elisabeth Vust, Le Passe-Muraille)

Paul, mari délaissé, reste dans le fief de sa femme
[...] il y a cette attention de Paul pour les choses et les vivants. Il y a aussi cette écriture de l'urgence, ces pensées jetées sur le papier, qui vont à l'essentiel comme autant d'appels au secours - une écriture en ellipses, écorchée, rapide, légère par opposition à la lourdeur d'un pays, à sa rusticité et à sa solidité. [...] Il y a enfin la photo [...]. Jacques-Étienne Bovard excelle à rendre par les mots la magie du visuel [...]. (Dominique Happich, Le Courrier, 28.12.2002)

Retour à la terre
L'auteur des Nains de jardin traite aussi ici de la condition désespérée des paysans ou des difficultés qu'il y a à inverser le schéma conjugal traditionnel. Plus d'ironie, excepté quelques traits d'autodérision bien romande. Mais Le Pays de Carole est avant tout un véritable manifeste en faveur de la lenteur, de l'approche muette des êtres et des choses [...] Mais cette ascèse, Paul l'accomplit en déversant sur son ordinateur ce qu'il appelle lui-même une "espèce de gros paquet encombrant" [...] que l'auteur dépose devant son lecteur. À lui de se coltiner cette logorrhée, technique narrative de l'ère du Mac. (Isabelle Rüf, Le Temps, 21.12.2002)

Un roman d´une âpre beauté qui dit les désarrois actuels
[...] c´est un roman d´amour lancinant et le tableau en pleine pâte d´un pays, une galerie de portraits vivants, une suite d´observations incisives sur une société où tout a l´air de se déglinguer et, entre les lignes, une méditation sur le sens de la vie que nous menons dans nos cages d´écureuils hyperactifs – plus précisément encore sur le travail créateur.
Avec autant d´acuité que de sensibilité, et complètement dégagé d´une raillerie plus extérieure caractérisant naguère ses Nains de jardin, Jacques-Étienne Bovard évoque l´éclatement de la cellule familiale tout en soulignant le besoin d´affection ou de reconnaissance des uns et des autres.
Il faut en revanche souligner, avec insistance, la progression remarquable de l´écrivain dans sa maîtrise de la narration et du dialogue, la subtilité qui préside à son observation des rapports entre hommes et femmes ou entre générations, [...] enfin la bienveillance profonde qu'il manifeste à l´égard de tous ses personnages et le souffle de pureté qui rapproche finalement les deux protagonistes, également épris de liberté et désireux d´échapper aux accommodements médiocres. (Jean-Louis Kuffer, 24 heures, 18.12.2002)