L’Association des jeunes auteurs romands

Une fiction collective

Focus du 21/10/2012 par Elisabeth Jobin

Ils ont l’audace pour eux, à laquelle on ajoutera de l’ambition et de l’humour. Cela se sent déjà dans leur conception de l’écriture: le texte est un terrain de jeu, d’expérimentation. Ou encore, une terre de rencontre. La création littéraire selon l'AJAR — l’Association des jeunes auteurs romands — est donc résolument collective. Constituée de jeunes plumes qui emmêlent leurs mots pour donner naissance à des textes souvent écrits à plusieurs mains, cette association a généré au fil des mois une petite communauté littéraire. «On a remarqué qu’il y avait pas mal de jeunes talents dans le coin. On s’est dit qu’il serait dommage de ne pas se réunir. De rester chacun de son côté à creuser son trou», ironise Guy Chevalley, 27 ans, aujourd’hui président de l’association.
L’AJAR est encore toute fraîche: créée début 2012 par Guy Chevalley et Noémi Schaub (23 ans), elle permet de stimuler une émulation, «d’encourager la création chez les jeunes auteurs, pour les motiver et les aider à lutter contre l’indiscipline», continue Guy. Le nom de l’association — est-ce un hasard ? — est évocateur. On se souvient que Romain Gary avait imaginé Émile Ajar en 1975, pseudonyme dont il signait son roman La Vie devant soi. Deux noms pour une seule plume. L’AJAR, c’est un peu l’envers de l’histoire. Derrière le nom, pas moins de 17 plumes. Toutes jeunes, de 18 à 30 ans. Actives, inventives, un peu canailles. Et surtout, promptes aux exercices de styles, aux jeux de mots.

Rencontres et créations

L’AJAR, lit-on dans un texte de présentation signé Schaub-Chevalley, est «née de l’émulation d’une bande de brebis galeuses, qui tentent de guérir leur tendance à l’ostracisme en ameutant d’autres petits moutons». L’association forge donc son identité d’auteurs utopiques et têtus, pour s’inventer une écriture pas comme les autres. Qui titille et chatouille la curiosité, qui génère de nouvelles idées.
Des ambitions littéraires qui exigent un engagement significatif de la part des membres. Les rencontres de l’AJAR ont ainsi lieu deux soirs par mois environ. Parfois, on se rencontre pour s’adonner aux jeux littéraires — cadavres exquis en tête, ou encore textes à plusieurs voix. D’autres soirées sont dédiées à l’organisation de lectures publiques, à la discussion et à la sélection des textes. Il arrive également qu’un comité constitué pour l’occasion élise de nouveaux membres: les intéressés, obligatoirement âgés de moins de 35, proposent des textes en guise de candidature. Ils doivent de plus faire preuve d’esprit critique, en premier lieu envers leurs propres textes. «On ne peut pas intégrer toute personne qui écrit. Et tout le monde n’a pas envie d’écrire en groupe», argumente Guy. Ceux qui travaillent de manière individuelle se tourneront vers d’autres associations d’auteurs, l’AdS, la SSA, ou encore les associations cantonales.

Collectif d’auteurs

L’écriture en groupe et la discussion que celle-ci génère demeure la finalité de l’AJAR. «On est en mi-chemin entre l’association et le collectif, explique Guy ; notre perspective vise donc au-delà de carrières personnelles.» Timothée Léchot, membre lui aussi, va plus loin encore. Dans un « avis d’essai » de l’AJAR aux allures de manifeste, publié dans la PIJE (organe papier du PIJA), il appuie sur la composante collective: «une signature est une menterie, le droit d’auteur une imposture […] Nos écrits s’inventent d’eux-mêmes. Ils finissent par exister sans nous, avec autorité.»
Toutefois, en marge de L’AJAR, quelques membres affirment leur talent en solo. L’un d’entre eux, Arthur Brügger, également étudiant à l’Institut littéraire suisse, a signé Ciao, Letizia !, un premier roman aux éditions Encre fraîche (2012). Deux autres membres ont également des projets éditoriaux. De plus, Noémi Schaub, Fanny Voélin ou, encore une fois, Arthur Brügger, sont tous trois lauréats du Prix du Jeune Ecrivain de langue Française. Quant à Timothée Léchot, on le connaît pour ses critiques de théâtre dans L’Express/L’Impartial.

Où les lire, où les entendre ?

L’AJAR fait son chemin, et les lectures s’annoncent — en moyenne une par mois en 2013, auxquelles prennent part, à chaque fois, une dizaine de membres. En fin d’année 2012, deux dates sont encore prévues: les Lundis de mots, à Neuchâtel, les accueillera le 17 décembre 2012 pour La Nuit de la peur. Le 3 novembre prochain, les lauréats du PJE, dont trois sont membres de l’AJAR, sont invités à lire leurs textes au théâtre 2.21 à Lausanne. Afin de découvrir leurs plumes, on ira déjà surfer sur leur site internet où sont publiés des textes personnels. Le Passe-Muraille de juin 2012 et Le Persil de juillet 2012 ont également publié quelques textes.